À propos de

Historiquement, le Carnaval de Florenville qui a aujourd’hui plus de 70 ans, s’est construit une forte réputation pour sa particularité de « Carnaval Fleuri ». Même s’il semble bien antérieur à 1950, les archives aujourd’hui en notre possession n’ont pas permis d’en situer précisément les premières manifestations. Néanmoins, différentes mentions à l’événement font le lien, comme nous le détaillerons plus loin, avec l’avant-guerre et les corsos fleuris marquant les grandes manifestations ou les traditions religieuses du 19° et début 20° siècle. Au carnaval de Florenville, depuis toujours, les chars sont décorés de milliers de fleurs en papier crépon réalisées une à une à la main habillant littéralement chaque char. Cet héritage ancestral de la décoration fleurie est directement issu des savoir-faire et usages remontant au siècle dernier. La tradition des corsos fleuris est en effet une pratique utilisée lors des défilés célébrant les manifestations religieuses ou les commémorations d’événements marquants. Ceux-ci, notamment à la fin du 19ième siècle étaient composés de charrettes et chars, décorés de branchages et de fleurs et tirés par des boeufs ou des chevaux.1


a. LES CORSOS FLEURIS En 1905 et 1930, des coupures de presse 2 trouvées dans les archives de l’état à Arlon relatent que Florenville célébrait respectivement le 75ième et le 100ième anniversaire de l’Indépendance de la Belgique avec le défilé-concours d’un corso fleuri composé d’une trentaine de chars, de voitures de maîtres, de voitures d’enfants et de poupées, de bicyclettes, de chars gigantesques, magnifiquement décorés et fleuris. Les chars tirés par de vigoureux chevaux (cavalcade) véhiculaient de véritables ‘ scènes ‘ relatant « L’agriculture en 1830 », « La mode de 1830 à 1930 » mais aussi évoquant les métiers de l’époque (forgerons, chaisiers, floricultures, …). Le corso fleuri était accompagné d’un défilé de sociétés de musique et de sociétés cantonales. Ces défilés attiraient des milliers de spectateurs. Dans la même veine, les processions religieuses d’autrefois mettaient en scène de grandes processions agrémentées d’autels largement décorés de fleurs et sur lesquels étaient exposées la Vierge ou les Saints mis à l’honneur. Le savoir-faire et la tradition des fleurs est donc l’héritage directe de ces manifestations.
b. LA CAVALCADE DE LA MI-CAREME OU DU LAETARE : 3 Les guerres de 1914-18 et de 1940-45 ont, par la suite, coupé le fil de l’histoire et ce n’est qu’à partir des années 1950 que la presse relate le « retour à la tradition des premiers carnavals de Florenville » appelés en ce temps-là « Cavalcade de la Mi-carême ou du Lætare. » Le carnaval de 1951, par exemple, y est décrit 3 comme une manifestation folklorique dominicale et printanière, se présentant sous forme d’un cortège d’une vingtaine à une cinquantaine de chars, tous fleuris de roses (25.000 roses sont évoquées) de tous les coloris et représentant :
 Soit des scènes de la vie locale et quotidienne (scène de chasse aux sangliers, Les Bûcherons au travail, le Char de la Moisson, le char du Pigeon Voyageur du club colombophile, …)
 Soit des scènes folkloriques ou religieuses (une noce et ses danseurs en costumes d’époque
 Soit des scènes de la vie mondaine (Le Moulin Rouge, Le Petit voilier, …)
 Soit encore une évocation historique ou une caricature politique (un tank, le char des prisonniers des camps durant la guerre ou bien encore le « Bureau des Dommages de Guerre montrant des employés très occupés à ne rien faire ; critique très vivante de la lenteur administrative à payer les réparations liées aux conséquences de la guerre »)
 Soit enfin : des scènes légendaires, fantastiques ou d’univers oniriques (La Fée de la Semois, la Sorcière de la Pirée, le Trou du Diable, Les « Batteus d’Gernouilles », …) témoignant de la volonté d’évoquer les légendes et les personnages fantasmagoriques de la Gaume.
Tradition perdue à ce jour, mais visiblement assez présente à l’époque, et telle la caravane publicitaire du Tour de France ; des véhicules publicitaires s’intercalaient pour y promouvoir l’une ou l’autre charcuterie ou bière locale ou carrément des chars de « réclames » pour de grosses entreprises.
c. LES SOCIETES DE MUSIQUE : Dès l’après-guerre, de nombreuses sociétés de musique 4 ponctuaient joyeusement le défilé. Des formations locales et municipales mais aussi sociétaires de formations plus prestigieuses tels que les cors de chasse de St-Hubert, ou, quelques années plus tard : des Pipes Bands canadiens (dont la présence était liée à l’implantation, entre 1955 et 1967, d’une base militaire de l’OTAN, située à Marville, du côté français, à quelques encablures de Florenville.) C’est par la présence de ces groupements musicaux folkloriques (en kilts et cornemuses) que le Carnaval de Florenville a ouvert les prémices de son approche interculturelle et musicale à l’international et qui en deviendra une spécificité par la suite.
d. LES CAVALCADES : Telles qu’en attestent les photos d’époque, les tout premiers cortèges florenvillois d’après-guerre étaient escortés de cavaliers d’un manège équestre de la localité ou même composés de chars tirés par des chevaux qui ouvraient le chemin emprunté par le défilé, d’où l’appellation « cavalcade » autrefois attribuée au carnaval de Florenville. C’est seulement vers le milieu du 20°s qu’apparaissent dans le cortège carnavalesque quelques voitures et petits camions décorés se mêlant aux chars traditionnels, créés et fleuris par des associations de quartiers ou de villages.
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e. LE PRINCE CARNAVAL : 4 Dès les années ’50, les défilés se clôturaient par le passage du char du Prince Carnaval, dit à l’époque « Roi Carnaval », qui marquait la fin de la procession (cette tradition perdure encore aujourd’hui). Personnage indissociable du Carnaval de Florenville, le Prince Carnaval se faisait remettre les Clés symboliques de la Ville en début de manifestation. La fin du cortège était également marquée par des lâchers de pigeons sur la Grand Place, suivie de la bataille de confettis et de serpentins pour laisser place, ensuite, aux soirées dansantes et travesties et au brûlage du bonhomme hiver sur la meule. Les festivités se poursuivaient tard dans la nuit.
f. LE GROUPE FOLKLORIQUE DES CHAMAILLOTS : C’est en 1951 que naquit 5, sous l’impulsion d’un petit comité de joyeux lurons florenvillois, une association emblématique du Carnaval et basée sur l’amitié, la camaraderie et la bonne humeur : le groupement des « Chamaillots ». Le nom de Chamaillot fait référence à Guillaume Chamaillot, personnage taquin et enjoué, qui épousa une florenvilloise fin du 18°s. Son patronyme s’ancra à Florenville comme une référence l’humour, à la plaisanterie, à la farce et à l’espièglerie, devenant une antonomase de portée locale. L’association des Chamaillots a pour objet « Le maintien et le développement de l’esprit carnavalesque, l’organisation et l’animation de festivités s’inspirant de cet esprit ainsi que la création et le développement de toutes les oeuvres culturelles de la commune de Florenville ». Depuis toujours, les Chamaillots se donnent pour mission d’animer la petite cité par l’organisation ou la participation, outre le Carnaval, de différentes activités festives telles que : les bals de la jeunesse, l’animation de la « dikèse» (kermesse) de mai et de celle de septembre, les matchs de foot humoristiques, les Corso Fleuris, le Grand Prix de la Chamaillotte (avec des véhicules « tunés humoristiquement » et des costumes épiques et originaux), les mémorables canulars du 1 er avril, les embardes du Carnaval… Mais aussi des actions plus sociales telles que ; le goûter des pensionnaires du Home, des actions au bénéfice de la Croix-Rouge, des fêtes et Marchés dont les bénéfices sont retournés à des OEuvres Sociales, … Ils organisent toujours aujourd’hui le Mardi Gras des enfants : animation d’une après-midi récréative avec un goûter préparé par les « Chamaillottes ». Ils participent activement lors du Carnaval de Florenville en assurant la sortie des géants (voir ci-dessous), le service ticket sous le grand chapiteau, le bar, …Ils visitent les pensionnaires du home « La Concile », avec tartes et animations, organisent un apéro-concert le dernier week-end de juin sur l’esplanade de l’Hôtel de Ville, appelé sympathiquement la « Guinguette des ViPal’tots  » (allusion au ‘bleu de travail’ – vieux paletot que portaient les ouvriers et qui est aujourd’hui devenu le costume traditionnel des Chamaillots). Ils participent également à d’autres événements pour donner de la visibilité à leur association : on les retrouve ainsi à la Fête de la Pomme de Terre (tubercule célèbre à Florenville puisque couronné d’une IGP) mais aussi au traditionnel Marché de Noël sur la Grand-Place de Florenville. A noter que les Chamaillots fêteront en 2021 leur 70e anniversaire. En 1984, les Chamaillots furent invités par la Ville de Bruxelles à venir vêtir le célèbre Manneken Pis de son 350ième costume ; canotier, sarrau bleu, foulard rouge moucheté de pois blancs, pantalon ligné blanc et rouge et sabots de bois furent confectionnés sur mesure spécialement pour l’occasion.
g. LE BRULAGE DE LA BÛLE …puis DU CHAMAILLOT : Le LÆTARE, que l’on pourrait traduire du latin par « se réjouir » invite donc à une période festive correspondant également au printemps et marquant, du même coup, la fin de l’hiver. Pour marquer la fin de l’hiver, le brûlage de la « Bûle » était d’ailleurs encore pratiqué lors du premier dimanche de Carême en 1880 sur la Grand-Place de Florenville afin de se préserver des maléfices. Cette tradition a ensuite 5 été perpétuée lors des Carnavals jusqu’à la fin des années 1970. A l’époque, c’était d’ailleurs un Chamaillot empaillé qui surmontait le bûché6 et des Gilles venaient y faire la Ronde avec leurs sabots et clochettes. Cette tradition finit par disparaître pour des raisons de sécurité évoquées à l’époque par les autorités communales.
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h. LES GEANTS CHAMAILLOTS : C’est fin des années 70 que l’asbl des Chamaillots, créa Les Géants :
« Baptiste et Fifine » revêtant le costume traditionnel du groupe folklorique. La tradition des géants est une expression symbolique et identitaire très forte du folklore dans la lignée des pratiques reconnues au patrimoine immatériel et mondial de l’Unesco en 2005. Le couple des Géants Chamaillots est composé par un homme dénommé ‘Baptiste’ : sarrau traditionnel bleu, pantalon blanc ligné de rouge, petit foulard rouge à pois blancs, canotier (chapeau de paille tressé à bords plats) et sabots de bois. Et par une femme dénommée ‘Fifine’ : canotier agrémenté d’un ruban rouge, corsage blanc ligné de rouge, jupe longue bleu foncée surmontée d’un tablier blanc et sabots de bois. Ces géants font partie de la culture populaire florenvilloise et du patrimoine vivant du carnaval.